Homélie de la mémoire de Notre-Dame des douleurs

Samedi 15 septembre 2018
Magny • Saint-Germain

En cette année, la célébration de la mémoire de Notre-Dame des douleurs prend une coloration particulière, suite à l’appel du pape François et de notre évêque Eric à prier et jeûner en réparation pour les crimes et abus commis par des chrétiens notamment de nombreux clercs.

L’Église multiplie ainsi les occasions de jeûner et de prier pour que cesse le fléau des abus sexuels dans l’Église. C’est une très bonne chose mais cela ne suffit pas. Nous sommes vous et moi en attente d’actes forts, à la hauteur des enjeux. Non seulement dans l’accompagnement des victimes mais aussi dans la justice, c’est à dire des sanctions sévères pour les coupables et pour les supérieurs qui n’ont pas su ou pas voulu prendre leurs responsabilités. Pour ma part, je plaide en faveur d’une instance indépendante chargée de juger canoniquement les évêques, les supérieurs religieux et les prêtres. Une instance qui soit dotée de grands pouvoirs, d’une réelle autonomie et qui soit capable d’entrer en relation avec les autorités judiciaires civiles. La composition de cette instance doit être telle qu’aucune influence cléricale ne puisse s’y faire sentir pour camoufler ou minimiser les faits.

A notre échelle paroissiale, nous pouvons nous sentir démunis dans la mesure où nous n’avons pas le bras assez long pour peser sur ces décisions qui devraient se prendre au plus haut niveau. Mais il est important de prendre la mesure de la marge de manœuvre qui est la nôtre. A mon sens, elle se concentre sur deux points : la vigilance et la conversion.

Être vigilant, cela veut dire être sans cesse en éveil sur le comportement que les uns et les autres ont avec les plus jeunes et les plus fragiles. Sans verser dans la suspicion permanente, il s’agit d’apprendre à écouter davantage la petite voix intérieure qui s’étonne de comportements ou paroles déplacés dont nous serions les spectateurs. Comme nous y invite l’Évangile, nous pouvons en pareilles circonstances nous ouvrir de notre trouble auprès de la personne dont le comportement nous inquiète, auprès de quelques personnes de confiance voire auprès des instances diocésaines appelées à faciliter et accompagner notre discernement. Parmi nous, cette vigilance peut être exercée en premier lieu par les personnes qui, sans nécessairement avoir été abusées sexuellement, ont été manipulées par le passé. Cette expérience douloureuse, une fois dépassée avec la grâce de Dieu, donne au sujet des “antennes” que les autres n’ont pas pour détecter les relations qui ne sont pas saines, les paroles qui exploitent et les attitudes qui grignotent insidieusement la liberté d’autrui.

Vigilance donc, mais aussi conversion. La pédophilie est une pathologie grave et atypique qui, grâce à Dieu, ne concerne que quelques uns. Mais pour nous, l’erreur serait de croire que nous n’avons pas de conversion à vivre sur le terrain de notre propre vie relationnelle, affective et sexuelle. Le Christ et l’Évangile nous appellent à une vie chaste, quelque soit notre état de vie. Lutter contre le fléau des abus commence par la conversion de notre propre cœur. Etre chaste, c’est être absolument déterminé à ne pas se servir de l’autre pour arriver à nos propres fins. C’est vivre la relation comme une offrande de soi qui vise à ce que l’autre gagne toujours plus en liberté. C’est consentir à diminuer pour que l’autre grandisse. C’est imiter Jésus qui, quand l’heure est venue, dit à ses disciples : “Il vaut mieux pour vous que je m’en aille”. Ne jamais posséder autrui. Ne jamais travailler à ce qu’il pense comme nous ou serve nos projets personnels. Mais l’aider à découvrir puis à devenir Celui que le Seigneur veut faire de lui. Même si cela nous dépasse, nous affecte voire nous dérange.

Enfin, j’ai une demande à vous faire. C’est d’aider les prêtres et les religieux à se réjouir de leur consécration. S’ils ont fait le choix du célibat consacré, ce n’est pas par contrainte mais avec la conviction profonde que l’on peut aimer joyeusement et dignement en consacrant toute leur vie, corps et âme, à Dieu et au peuple auprès de qui ils sont envoyés. Penser que le célibat consacré est à l’origine de fragilités psychologiques ou affectives, soutenir qu’il serait l’une des causes des pires déviances sexuelles traduit une méconnaissance profonde non seulement de l’appel de Dieu et de sa grâce, mais plus gravement du cœur de l’homme et de sa capacité à aimer de manière juste et belle en dehors de l’exercice de la génitalité.

C’est une triste réalité objective : dans l’opinion publique, tout prêtre est considéré comme un pédophile en puissance. Pour que la vigilance à laquelle nous sommes tous appelés ne se transforme pas en discrédit du sacerdoce, il nous faut réaffirmer avec force la grandeur et la beauté du célibat consacré, remercier et encourager nos clercs sur ce chemin parfois exigeant mais aux promesses de fécondité spirituelle exceptionnelle.

Nous sommes aujourd’hui au pied de la croix avec Marie, portant nos regards vers la croix glorieuse que nous avons célébrée hier. La croix glorieuse, c’est l’assurance que la puissance de Dieu se déploie dans la faiblesse. S’il nous faut trouver Dieu et sa gloire, regardons vers les victimes de tous bords. Les héritiers du Royaume, ce sont eux. D’abord. Avant nous. Ce sont eux qui nous éclaireront de la lumière de l’Évangile. Soyons-y attentifs.

Amen.

Père Olivier de Montardy