Lutter contre la pédophilie ? Tous concernés.

 

Chers paroissiens,

Le 15 septembre dernier, en la mémoire de Notre-Dame des douleurs, le pape nous invitait à prier et jeûner en réparation pour les crimes et abus commis par des chrétiens notamment de nombreux clercs. Ce fut pour moi l'occasion de m'exprimer sur le sujet douloureux de la pédophilie. Vous pouvez retrouver ici l'homélie donnée, dont voici un extrait : 

L’Église multiplie les occasions de jeûner et de prier pour que cesse le fléau des abus sexuels dans l’Église. C’est une très bonne chose mais cela ne suffit pas. Nous sommes vous et moi en attente d’actes forts, à la hauteur des enjeux. Non seulement dans l’accompagnement des victimes mais aussi dans la justice, c’est à dire des sanctions sévères pour les coupables et pour les supérieurs qui n’ont pas su ou pas voulu prendre leurs responsabilités.

Pour ma part, je plaide en faveur d’une instance indépendante chargée de juger canoniquement les évêques, les supérieurs religieux et les prêtres. Une instance qui soit dotée de grands pouvoirs, d’une réelle autonomie et qui soit capable d’entrer en relation avec les autorités judiciaires civiles. La composition de cette instance doit être telle qu’aucune influence cléricale ne puisse s’y faire sentir pour camoufler ou minimiser les faits.

A notre échelle paroissiale, nous pouvons nous sentir démunis dans la mesure où nous n’avons pas le bras assez long pour peser sur ces décisions qui devraient se prendre au plus haut niveau. Mais il est important de prendre la mesure de la marge de manœuvre qui est la nôtre. A mon sens, elle se concentre sur deux points : la vigilance et la conversion. 


Suivent dans cette homélie quelques pistes pour exercer ensemble cette vigilance et grandir en chasteté, cette vertu qui consiste à vivre nos relations comme une offrande de nous-mêmes et non une captation à son profit personnel de la liberté d'autrui. 

Depuis, l'Eglise ne cesse d'être interpellée sur de nouveaux cas, preuve que la parole se libère heureusement mais qu'il reste encore beaucoup de chemin à parcourir pour que l'institution ecclésiale se convertisse et se renouvelle en profondeur.

Dans ce contexte douloureux pour nous, chrétiens, j'ai été heureux de recevoir cette lettre de foi et d'encouragement. J'ai pensé qu'elle pourrait vous faire du bien à vous aussi. Son auteur a accepté que je la publie, qu'il en soit ici remercié.

Mon Père,

Je pense à vous en ce moment. J’ai eu envie de vous écrire en ces temps troublés dans l’Église [car] je sais aussi que vous êtes pétri de la même pâte humaine que moi. Je suis en train de terminer mes études [...], je n’ai pas le temps d’écouter les médias, et pourtant, comment passer à côté de tous ces événements qui secouent notre Eglise.

Comment passer à côté de la sortie de ce livre “Sodoma” ? Comment passer à côté de tous ces sévices sexuels commis par des prêtres ? Alors, je ne suis pas expert dans ce qui est rapporté, je n’ai pas la compétence de démêler le vrai du faux, et je laisse cela à d’autres. Ce qui est certain, c’est que le mal exerce toujours son influence sur l’homme et que malheureusement, notre Eglise n’est pas épargnée.

Combien de temps encore, avant que le Christ ne se révèle pleinement ? Combien de temps restera-t-il caché dans vos mains, dans une hostie ? La fin est proche, depuis deux mille ans déjà, et peut-être encore pour deux mille ans. Mais si ces scandales nous font réagir, [s’ils] nous donnent envie de vomir ou de pleurer, [cela ne signifie-t-il pas] que nous n’avons pas encore capitulé face au mal ? N’est-ce pas [le signe] que nous pouvons encore nous battre pour la gloire de notre Dieu ?

Je m’inquiète de ce que vous allez pouvoir dire à vos paroissiens. [...] Ce que j’ai envie de vous dire, à vous mon Père qui êtes en première ligne, c’est : “Courage”. [...] Courage car si le mal est toujours là, si l’homme est toujours aussi faible, alors combien plus notre Seigneur continue d’être à nos côtés ! Si le mal est constant, combien plus notre Seigneur est constant et nous sauve chaque jour. Dans cette épreuve qui secoue l’Eglise, faisons confiance au Seigneur, Lui saura la transformer en salut.

Que soit émondée la vigne et que seul le Seigneur soit juge. Je prie pour que ceux qui soufflent pour éteindre le feu de l’Église raniment, en fait, les braises de l’Esprit.

Mon père, soyez assuré de ma prière et celle de mon épouse, pour vous et pour votre épouse, l’Eglise.


Fraternellement en Christ, 
P. Olivier de Montardy +